Juin 2024
Edition # 159
Agence Faire / Collection Héritages

La collection Héritages de l'Agence faire est le fruit du travail de Jean Baptiste Auvray, fondateur de l'agence et designer, qui a pris le parti de porter un regard bienveillant sur le mobilier de ses grands-parents.

Cette collection de sièges, résolument contemporains, prend racine sur d'ancienne structures d'assises, et permet de démontrer qu'un traitement contemporain peut y être appliqué avec style et élégance.

Bâties sur des structures anciennes – allant de la bergère Louis XV à la banquette Régence – les pièces de la collection Héritages se veulent parfaitement contemporaines. Le designer s’appuie sur leur forme spécifique pour élaborer un nouveau dessin qu’il n’aurait pas obtenu sans cette contrainte : « Dès le début, je me suis aperçu qu’on aboutissait à des esthétiques étonnantes. Ces structures composaient certaines verticales, certains déhanchements inédits. » souligne Jean Baptiste Auvray.

Mais pourquoi transformer d'anciennes carcasses d'assises en assises contemporaine ?
Jean Baptiste Auvray explique : « Mes grands-parents étaient collectionneurs d’objets anciens. J’ai grandi dans un univers rempli d’objets d’un autre temps, auxquels on vouait une admiration que je ne comprenais pas. Je me suis très tôt posé des questions sur le rapport fétichiste aux objets. C’est mon interrogation sur ce rapport aux objets, qui très tôt, m’a permis de penser comme un designer, avant même de connaitre ce terme ni l’existence de cette discipline.
Des années plus tard, alors que mes grands-parents ne peuvent plus continuer à vivre à domicile, mon père me propose de récupérer leurs objets. Ma première réaction fut de refuser en bloc. Cependant, ces objets, ce sont aussi des souvenirs. Que je les aime ou non, ils ont façonné mon enfance et induit mon parcours. Je me suis donc demandé s’il n'était pas possible de les utiliser à la manière d’un architecte d’intérieure. De les prendre comme on travaille avec la contrainte de l’existant, de manière créative. C'est là qu’est née l'idée de la collection Héritages ».

Le fondateur de l’Agence faire met un point d’honneur à ne pas abîmer les structures, afin que le meuble puisse « changer de vêtement » si c’est la volonté de son prochain propriétaire, et il précise : « Ces structures ont une valeur. Elles sont de belle facture, solides, signées par les ébénistes de l’époque. Nous nous sommes accrochés uniquement sur les parties destinées à être clouées ou agrafées. Cette intervention peut être démontée. Ces meubles peuvent retrouver leur mise en oeuvre classique. Il m’était impossible d’imaginer les transformer de manière définitive. Justement, tout ce projet naît d’une remise en cause de cet attachement, à mes yeux, injustifié, au style spécifique d’une époque. »

La collection Héritages se compose de huit pièces. Elles se basent sur un fauteuil bergère Louis XV, un fauteuil marquise Louis XV, une paire de chaises médaillon Louis XVI, un fauteuil Voltaire à oreilles du XIXe siècle, un petit fauteuil gondole Empire, et une paire de fauteuils bridges Art-Deco.

L’auteur, journaliste et enseignant-chercheur à l’École Camondo Thierry de Beaumont les décrit comme « des meubles douillets, aux couleurs fraîches et douces, paraissant surgir d’un conte ou d’un livre pour enfants ». Il poursuit : « En s’approchant, difficile de ne pas caresser leur pelage à la fois moelleux et ferme. L’envie nous prend de leur faire avouer leur énigmatique secret. Qu’est-il arrivé ? Quel malin génie a créé cet univers énigmatique hors du temps et des références ? En reliant symboliquement les objets du passé, devenus orphelins, à un présent dynamique, Héritages propose une subtile métaphore des concepts de l’écoconception et du réemploi qui sont aujourd’hui nécessaire. »

Cette démarche et cette collection s’inscrivent dans une réflexion plus large : celle de la « super-valorisation ». « Lorsqu’on évoque le terme de revalorisation, la seconde vie de l'objet ne se conçoit que par dépréciation de sa valeur. Nous pouvons rendre cette seconde vie encore plus valorisable, en y ajoutant la valeur des artisanats et savoir-faire exceptionnels qui sont à notre disposition – à l’image du kintsugi, la réparation à la laque saupoudrée d’or des céramiques japonaises », indique Jean Baptiste Auvray.

Et il poursuit : « La suite de cette exposition sera de proposer aux personnes qui hésitent à conserver ces mobiliers – auxquels l'affection les attache, mais dont les codes esthétiques ne leur correspondent pas – la possibilité de les faire transformer en conservant leur structure comme squelette, en utilisant au mieux la ligne claire de leur dessin pour en faire des objets contemporains atypiques. » Le processus est également proposé aux institutions, restaurants et hôtels.

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