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De la biodiversité sur nos toits

Le concept de culture en ville peut sembler étrange, surtout dans des agglomérations régulièrement touchées par des pics de pollution, comme Paris. Une expérience potagère menée par les ingénieurs de l’école AgroParisTech, en 2012, a démontré que le taux de métaux lourds était de 10 à 100 fois inférieur au seuil fixé par la réglementation européenne.

Cette expérience, coordonnée par l’association Potager sur les toits, a été conduite sous la forme de culture hors sol, sur une surface totale de 600 m2, afin de tester en conditions réelles, différents substrats productifs et une série de végétaux propres à la consommation, sur la toiture terrasse de l’école AgroParisTech, en plein cœur de Paris.

Une seconde étude menée quant à elle à Berlin a démontré que les aliments produits proches d’une zone à très fort trafic, comme les grands axes autoroutiers ou les périphériques, seraient impropres à la consommation Celle-ci a été menée en plein sol, sur des friches fortement impactées par l’accumulation de polluants, à l’instar de la première étude menée, quant à elle sur de nouvelles formes de substrats issus du recyclage de matières (briques, mulching de bois…) sans intrants phytosanitaires.
Cultiver sur toiture pourrait donc être la solution !

Repositionner du végétal dans la ville permet de redynamiser & accueillir une plus grande biodiversité. Une multitude d’insectes & d’oiseaux retrouvent un espace de vie propre à chaque espèce. Rappelons, pour exemple, que de très nombreux ruchers ont trouvé place sur les toits de Paris et de grandes métropoles. L’air semble pourtant plus pollué que dans nos campagnes mais le constat est flagrant : en ville l’abeille domestique dispose d’une plus grande longévité face à l’absence de pesticides largement épandues dans les campagnes. La multiplicité des jardins, la présence massive d’arbres à forte floraison et de fleurs en balconnière, l’abandon des traitements phytosanitaires et l’augmentation des prairies urbaines offrent un milieu propice à l’épanouissement de cette biodiversité.

L’étude des ingénieurs d’AgroParisTech démontre la pertinence d’une telle culture & la possible reconversion de toitures terrasse, si peu qu’elles soient en mesure d’accueillir une charge supplémentaire permettant de cultiver en mode hors sol.
Cette étude démontre qu’un m2 cultivé peut, potentiellement, produire 25 kg de fruits ou légumes, et les espaces disponibles à Paris ne manquent pas. La Mairie de Paris estime que cette surface disponible avoisinerait les 80 hectares, de quoi produire localement des aliments saisonniers & complémentaires, mais l’intérêt pour la ville & ses habitants ne s’arrête pas là.

A l’instar d’une toiture végétalisée à base de sedum, aménager un jardin potager sur une toiture terrasse contribue à limiter l’effet « Îlot de chaleur ». Véritable fléau des centres urbains, la couverture végétale apporte un ombrage naturel & l’évapotranspiration des plantes contribue à diminuer la température ressentie. Outre ces canicules, nous faisons face, de plus en plus souvent, à de fortes averses. Là encore, un jardin ou une toiture végétalisée permet de réguler les flux importants d’eau de pluie en jouant un rôle de rétention & de filtration. De plus, toutes les toitures végétalisées offrent de véritables économies en matière d’isolation thermique & phonique.

Mais, faire le choix d’aménager sur une toiture un jardin productif s’avère être, également, une source de socialisation, d’éducation, de partage, de rencontre & de production locale. Ces espaces permettent de recréer de la convivialité, de l’intérêt & une certaine conscience pour son quartier. C’est également un moyen d’ancrer le citadin urbain dans un écosystème & de faire de la ville un espace où il fait bon vivre. A très court terme, la prise en compte & le respect de la nature s’inscrivent dans la démarche citoyenne, et des petits signes tangibles ou intangibles ne trompent pas : un tri sélectif beaucoup plus pertinent, un regard bienveillant & sécurisant sur les autres, une baisse significative du stress, le sentiment d’appartenir à un groupe, un plus grand respect de la nature grâce à des changements notables de pratiques…

Les exemples de toits terrasse transformés en jardin, à travers le monde, ne manquent pas. De New-York à Hong-Kong, en passant par Singapour avec le concept de serre verticale développée par Sky Green, de Bâle à Amsterdam, Chicago ou encore Gaza soutenue dans son action par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture) afin de lutter contre l’insécurité alimentaire, les projets de fermes sur les toits se développent là où l’espace disponible le permet.

La ville de Paris n’est pas en reste, avec la mise en place d’un jardin potager sur la toiture d’un bâtiment technique implanté en plein cœur de la caserne Napoléon, proche des quais (article en suivant ce lien): test en grandeur nature d’un programme visant à aménager tous les bâtiments aptes à recevoir un tel projet, propriétés de la Mairie de Paris.

D’autres initiatives sont également portées par les chefs de grands palaces parisiens comme sur les toits de l’hôtel Mandarin Oriental avec le micro potager de Thierry Marx, ou l’étonnant potager d’Éric Briffard implanté sur un gratte-ciel de Beaugrenelle, et bien d’autres initiatives qui se déploient de Paris à Lyon, en passant par Bordeaux…

Toutes permettent non seulement de valoriser des produits saisonniers mais également de partager des valeurs humanistes.

La culture hors sol est l’un des facteurs de développement de cette technique de culture vivrière. Fruits, légumes, herbes aromatiques et même cèpes de vigne peuvent trouver leur place, pour peu que le substrat utilisé, l’amendement et l’apport d’eau soient suffisants.

Inclure, aujourd’hui, un tel projet dans une construction neuve ou la rénovation d’une toiture terrasse existante est, non seulement possible techniquement, mais un véritable gage d’intégration, du bâtiment dans son environnement.

Et si d’aventure vous aviez un projet, n’hésitez pas à prendre contact avec notre rédaction : nous nous ferons un plaisir de relayer celui-ci.

Cet article a été publié en Janvier 2018 sur notre magazine papier "ORIGINES 2018" à l'occasion de l'événement dédié aux architectes ARCHINNOVATIONS.

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